Partager l'article ! THE CHERRY BONES, LIVE AT THE BLACK HAWK, TOURS, 14/08/2010: La première fois que j'ai vu les Cherry Bones, c'était en juin ...
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La première fois que j'ai vu les Cherry Bones, c'était en juin dernier à la fête de la musique à Tours. François Moulin (chant, orgue, boite à rythmes) et Ralph Pereira (guitare) qui forment le duo, se produisaient au square Prosper Mérimée sous l'abbaye Saint Julien, et balançaient une sorte de heavy psyché minimaliste qui tranchait sévère avec la faune du reste de la ville. Je ne connais pas tellement la scène tourangelle, mis à part The Finkielkrauts et The Psychologist & His Medicine Band, mais les Cherry Bones, bien qu'ils recherchent encore leur identité et un son, voguent entre l'avant-garde (dans le bon sens du terme) de Suicide, le surf primitif de Dick Dale et le psychédélisme des contemporains de Frank Zappa ; à savoir Soft Machine, The West Coast Pop Art Experimental Band et Silver Apple. C'est brut et très sommaire, mais en aucun cas simpliste. Je tiens à le souligner ! Par-delà toutes ces références, auxquelles je peux ajouter The Standells, The Knickerbokers, The Sonics ou encore The Premiers, les Cherry Bones s'affranchissent des codes moraux et traduisent le rock endoctriné de la nouvelle scène par quelque chose de plus violent et efficace. Ouvrez grands vos esgourdes ! Vous ne trouverez pas, qui plus est dans une petite ville de province, un groupe qui sonne comme ce duo de l'enfer ! Rendez vous prophètes incultes ! Esprits cartésiens ! Partisans de la loi et de l'ordre ! Un talent rare pour des jeunes à l'esprit épicurien de vingt ans, tout rock, tout rhum, hors des sentiers battus. Ils ne sont pas puristes, mais leur âme à tous les deux est ailleurs, bien loin, à une autre époque, et passionnée ; tout comme moi, ils vivent avec la musique d'antan. Nous dirons alors que c'est une musique préhistorique puisque le garage fait partie de la préhistoire de la musique au même titre que le jazz qui n'est point mainstream. Le garage c'est le rock des énervés, les ancêtres du punk, tout comme Thelonious Monk est l'ancêtre du néo-bop et de la soul. Iggy Pop est au garage ce que Wayne Shorter est au hard-bop. Mais là je m'égare. Le garage c'est aussi la surf music : genre révolu que les Cherry Bones évoquent, toutes proportions gardées, mais avec une décence qui mérite qu'on s'y attarde un tantinet plus longtemps. Je ne dirai pas que les Cherry Bones sont le kaléidoscope parfait de la musique des années 60, fumisterie ; mais leur musique a tendance à faire renaître ce son unique et singulier. On parle aussi de noise, de bruit, en somme, de rock minimaliste, style proche du shoegaze anglais de la fin des années 80, le lo-fi, expression absconse qui désigne tout autant le garage que les prémices du rock psychédélique du milieu des années 60. Aussi, les Cherry Bones peuvent être comparés aux Godz (le groupe de New York, pas le groupe de hard rock des années 70), aux Fugs, aux Holy Modal Rounders (le folk en moins), aux 13th Floor Elevators et aux Seeds, oui, aux Seeds, les intouchables de Los Angeles, les pépins électriques de feu Sky Saxon. Toutes ces scènes, qu'elles proviennent de San Francisco, de Huston, de Los Angeles, de New York sont dans le registre des Cherry Bones, même si parfois cela ne s'entend pas !
Le concert au Black Hawk a été atomique, mais chaotique selon François et Ralph. En effet, les problèmes techniques ont eu raison d'eux ! La cave du bar, déjà presque vide, a été purgée comme une fosse septique quand l'ampli voix a fait sauter les plombs. Un peu à cran les Cherry Bones. Ralph pète sa corde de guitare, laquelle sera remplacée in extremis. La tension monte. Manifestement, le sort s'acharne sur eux. Mais les deux ne se découragent pas, et le concert reprend, aux allures d'Acid Test. Les chansons s'enchaînent : "Blue Jill", "Struck By Lightening", "Albatross In The Air". Les nappes d'orgue sont violentes, le vieux Viscount de François est en apesanteur, en plein trip ; cette musique tutoie tout bien considéré la scène des années 60 à laquelle on ne touche pas. La guitare est cinglante, parfois absente. Même si l'association Fender/ Vox ne plaît guère à Ralph, l'ensemble jouit d'une homogénéité parfaite. Finalement, ce soir-là, il n'y aura eu aucune fausse note (à l'exception des problèmes techniques). Déçus, les Cherry Bones veulent oublier ce concert, le deuxième au Black Hawk, bar peut-être maudit puisque le duo a rencontré des problèmes analogues la première fois. La cave est belle nonobstant la chaleur moite, idéale pour les concerts électriques et les ambiances plus sombres. Éclairage rudimentaire, balance faite devant le public, absence de commentaires : voilà l'atmosphère des sets des Cherry Bones. Concernant les petits problèmes techniques qui ont tendance à démoraliser les troupes, laissez-moi vous rappeler lorsque Frank Zappa cassait ses cordes de guitare, qu'il avait la chiasse pendant un concert en 1967, quand ses amplis pétaient, et quand il a cramé, lors d'un concert historique des Mothers of Invention, le casino de Montreux le 4 décembre 1971, il ne s'agissait pas de fautes dues à son amateurisme, bien au contraire, à cette époque c'était déjà un musicien professionnel, assidu et reconnu. Ces petits problèmes techniques sont infimes mais ils sont à prendre en compte vous diront les réac. Ils n'ont aucune influence. Assurément, The Cherry Bones est le groupe véritablement rock de demain !
Article sur Obstacle 1 : Nouvelle tête, Cherry Bones
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