Freak Out ! Family

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  • : 08/10/2009
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  • : La Freak Out ! Family est une communauté qui transcende les genres et les styles. On y parle aussi bien de cinéma de mauvais genre, de littérature de l'étrange que de musiques oubliées. Envoyez-nous vos manuscrits si vous êtes un jeune auteur en herbe, nous vous les publierons a priori. Manuscrits : freakout.leshaman@gmail.com
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Lundi 9 mai 2011 1 09 /05 /Mai /2011 17:41

Festival Mauvais Genre 5e Edition

 

    Mauvais Genre, c’est un peu « Le Jugement Dernier » de Jérôme Bosch éventré par un mur de guitares acides et décrit, selon Dylan Thomas, comme « la Lune » qui est « noire comme la bête » alors qu’elle « surgit du vent ». Cette année le jeune festival précède les aïeuls « Désir… Désirs » et la fameuse « Nuit des Studio ». Mauvais Genre plante l’étendard à l’entrée des studios les plus récents du vieux cinéma de Tours. Les briques brunes et sales d’un décor de série B élèvent l’embrasure d’une porte qui s’ouvre sur un autre monde ; par-delà les frontières de l’horreur et de la pornographie, le festival s’ouvre sous de curieux auspices. Un autre monde ! La billetterie improvisée arrive à brule-pourpoint alors qu’une horde de spectateurs « mauvais genre » investit la cour du cinéma. Vous l’aurez compris, l’ouverture, cette année, se fait ici-même, dans l’enceinte du doyen des salles obscures tourangelles. Je devrais dire : ici-bas dans cette caverne antédiluvienne à l’ossature accomplie qui a vu par le passé tant de rats et de ratés. Mais les Studio ne sont pas le Petit Faucheux ; lequel est travesti chaque année en théâtre de l’horreur. Non, les Studio, pour les tourangeaux, c’est sacré. Un festival comme Mauvais Genre ne doit guère salir un noble endroit de pèlerinage pour cinéphiles. Mauvais Genre doit se montrer poli, du moins à l’extérieur.
    Direction Studio 7 ; c’est ici que Gary Constant, notre président adoré, déclarera ouverte la 5ème édition du festival international de cinéma de genre. Après quelques remerciements, applaudissements en guise d’échauffement et de coups bien placés à l’estomac de certaines huiles de la commune, le jury fait son entrée. Thomas Day, Jean-Baptiste Thoret, Stéphane Debac, Blandine Bellavoir se suivent et Thierry Frémont, président de ce jury intransigeant et quatre étoiles, leur emboite le pas, en véritable star. Cependant, il y a un absent, et pas n’importe lequel : Steve Johnson. Retardé pour problèmes personnels sur lesquels on ne s’étendra point, le géant des maquillages arrivera le lendemain, en civil presque négligé et démaquillé pour l‘occasion. Tout le monde souffle, dit « ouf ! » et souffle derechef. Les présentations faites, le premier film commence : « Conformists ». Court-métrage cérébral dans lequel les dialogues interrogent tant le solipsisme (ce qui s’avérera faux) que son contraire. Les quatre personnages qui forment l’intrigue pensent, soliloquent presque tant leur pensée prend une place considérable sur l‘action, puis montrent leur vrai visage. Le film, qui ne laisse pas indifférent, abat vingt minutes de psychologie intense dans la veine du théâtre de l‘absurde ; les personnages ont tous un but précis, et c’est le premier entré en scène qui en assumera les conséquences. Le final qui nous rappelle que nous sommes dans une société future évoque allégoriquement la différence entre races et classes sociales. L’époque est indéterminée mais proche. Les quatre personnages représentent le carré parfait de la condition humaine.
    Fondu au noir.

 

Balada Triste de Trompeta, affiche teaser


    Le premier long-métrage, cette fois-ci en compétition ; souvenez-vous des coupons qui vous servent à voter, est le tout frais et multi-référencé « Balada Triste de Trompeta » d’Alex de la Iglesia. Un véritable chef-d’œuvre. Et comme je suis dans l’emphase pure, je dirais même qu’il s’agit d’un film extraordinaire, grandiose, époustouflant, j’en passe et des meilleurs. En plein régime franquiste, Javier, fils de clown, intègre une troupe de bateleurs azimutés. Il va s’éprendre de la jeune fiancée de Sergio, le clown vedette, alcoolique et brutal. Commencent alors les conflits, puis la guerre.
    Retrouvant un traitement de l’image purement espagnol (oublié depuis « Le Crime Farpait »), de la Iglesia s’offre le luxe de rendre des hommages, pêle-mêle, à Tod Browning, Alejandro Jodorowsky, Luis Buñuel (dont il est le digne héritier), Frederico Fellini, le Marco Ferreri période néo-réalisme et même John Waters. Mais oui ! Pourquoi John Waters ? Triste constat diront certains (surtout après la pléthore de « réalisateurs sérieux »). Le Divine de « Pink Flamingos » est littéralement ressuscité lors de la dernière demi-heure de vengeance, lorsque le clown triste Javier (richement interprété par Carlos Areces) se mutile façon Leatherface, afin de devenir une sorte de frère bâtard du travesti Divine (mais ce n‘est pas son but). C’est sanglant comme une peinture de Goya dans les arènes de Valence, grandiose tel un opéra excentrique, où les images claquent, dévorent la pellicule, brûlent et assassinent une sorte de cinéma embourgeoisé. Et que dire du générique de début ; la musique, l’esthétique seventies, « Cannibal Holocaust » et tout ? Aussi trash, voire plus que « Le Jour de la Bête », aussi délirant que le méconnu « 800 Balles » ; une parfaite symbiose de ces styles décalés, télescopés qui font le charme du cinéma de genre espagnol.
    Lors de la pause, en catimini j’observe le jury, prends mes repères tout en taillant une bavette, mais rien de bien tranché. Je toise le vent frêle encore chaud de ce début de soirée. Gary rappelle les troupes.
    « Mirages », le premier long-métrage hors compétition, apprécié par Thomas Day, raconte l’histoire de cinq jeunes gens convoqués à un entretien d’embauche. On leur apprend qu’ils vont être confrontés à une sorte de « test » qui départagera l’élu des éliminés. Leurs téléphones portables sont consignés et ils sont emmenés dans une camionnette. Accident. Les voici au milieu du désert, seuls face à rien ; les clefs et le chauffeur du véhicule ont disparu. Tous seront amenés à survivre, essayant en vain de tirer profit de la situation ; des clans vont se former, un personnage va sombrer dans la folie, les amitiés naissantes ne résisteront pas ; chacun va être en proie à des hallucinations - mirages, jusqu’à un final ébouriffant, les amenant tous les cinq à un même point concentrique, bien qu’invraisemblable. Mais comme dit le réalisateur Talal Selhami, après la séance, la barrière entre le réalisme rationnel et le pur fantastique, ce qui n’est en aucun cas péjoratif, est franchie. Il prend pour exemple « Shining » de Stanley Kubrick, qui demeure encore une référence aujourd’hui. Coup de grâce qui mettra K.-O. les petits plaisantins, somme toute passionnés, qui voulaient défier le brave réalisateur. Réalisé, monté et mis en boîte avec 100 000 euros, l’on se demande encore comment « Mirages » est arrivé jusqu’ici, jusqu’à nous. Comment le résultat a pu être aussi convaincant.
    Une très bonne ouverture, la meilleure depuis deux ans, riche et cadencée, à la hauteur des attentes. Mais ce n’est que le début. Celles et ceux qui ont eu le programme devant leurs prunelles savent que quelque chose les attend, quelque chose de monstrueux, pas des paroles en l’air. Pour l’heure, je vais me coucher, rentrant seul dans les ruelles disloquées, le col de ma chemise ouvert car il fait encore bon dehors. Il n’y a pas âme qui vive sur les pavés du vieux Tours.

 

Fubar 2

 

    C’est avec quelques dix minutes de retard que la première journée marathon commence. Le cadre est olympien, et pour cause, le Nouvel Olympia ouvre ses portes à Mauvais Genre. À l’accueil : des expositions au pochoir de J. The Antiproduct, artiste indépendant tourangeau, ami d’un ami… et rien d’autre. Pas l’embrasure, désormais célèbre, érigée la veille à l’entrée des Studio. Le décor est assez aseptisé, clinique, pas vraiment Mauvais Genre. Qu’importe ! Comme pour une boîte de ce que vous voulez, même si l’écrin est admirable et noble (laissez libre cours à votre imagination), le contenu laissera davantage de traces que le contenant, tout juste bon à servir de bibelot s‘il en vaut vraiment la peine. Le Nouvel Olympia, contenant aux formes expérimentales, est notre hôte pour la journée. Nous sommes un contenu en ébullition.
    Deuxième long-métrage en compétition ; « Fubar 2 », une comédie déjanté façon faux documentaire. Plus rock et plus suave que « Spinal Tap » (et aussi plus drôle), démarrant au quart de tour, entre rock, cris hystériques et tronçonneuse, cette suite d’un film que l’on ne connait pas aligne de prime abord tous les travers d‘un genre usé jusqu‘à la moelle. On a l’impression de voir ce bon vieux Wayne Campbell accompagné de son fidèle Garth Algar ! Quand, au bout d’une bonne demi-heure, on a fini de rigoler parce que parfois c’est gonflant de se tuer à cette tâche ; là où un « Wayne’s World » renchérit de plus belle jusqu’à plus soif, l’émotion l’importe sur les éclats de rire. Plus personne ne glousse. Le film prend à la gorge, nous retourne, et sournoisement nous assène un direct en pleine face. Le film est humain et sincère, profondément marqué par l’amitié, la solitude et l‘isolement, la précarité, la peur de la mort via la maladie (l’un des deux a un cancer des testicules) l’amour vain et a fortiori le dur labeur d’être un type toujours défoncé. On échappe à la purge du siècle et on applaudit car il s’agit, à la quasi-unanimité, de la vraie bonne surprise de cette 5ème édition.

 

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J’HABITE EN FACE DU CINEMA

    Le temps de se rafraichir un peu et c’est à Steve Johnson de mener la danse lors d’une rencontre exceptionnelle et instructive, sans langue de bois (on ne l’aura jamais assez répété), doublée d’une véritable leçon de maquillage au cinéma. Il ne manquait plus que des démonstrations ! Si la Master class restera dans les annales du festival, il faut tout de même mentionner quelque essoufflement. Une amie qui m’accompagnait me dit à la fin de la rencontre qu’elle s’attendait peut-être à une sorte de rétrospective de la carrière encore trop confidentielle de Steve Johnson. Ce qui aurait rythmé un tant soit peu ce rendez-vous attendu, déjà mené tambour battant par les dialectes chantants de maître Johnson. Et moi de répondre que nous avons eu droit à une projection spéciale en début de rencontre - oui tu aurais dû venir plus tôt si tu n’avais pas eu à trouver une place à l’entour ! Nous avons eu droit aussi à un court-métrage poétique, musicalisé par Moby, visuellement époustouflant. Mais ça, tu l’as vu, tu étais enfin arrivée ! Et à présent que Steve Johnson s’est retiré des troupes endoctrinées du tout Hollywood, ce n’est pas demain la veille qu’on en entendra parler. Eu égard au professionnalisme de cette rencontre, tous les écarts de conduite (laissons le devoir à Mad Movies de s’exprimer dans son prochain numéro) sont pardonnables.
   
    La rue de Lucé s’empourpre comme une large artère laissant circuler librement le sang. Le peuple s’amoncelle à quelques minutes de la Nuit Interdite, séance culte à juste titre, reconnue les jeunes années du festival comme une « foire aux atrocités » ; l’on se souvient de sorties prématurées, entre l’écrasement d’un crâne de nourrisson et la rencontre d’un fermier avec Dieu, qui alimentent la légende de cet évènement. Le Nouvel Olympia est sens dessus dessous ; des cris s’échappent comme autant de tortures à peine perçues au travers des meurtrières, le sang coulera à flots ce soir ! Ça va commencer ! Gary entre en scène et présente le premier court-métrage ; surprise qui n’était pas au programme (veinard), nous remémore un certain monument du gore avec des sapins de Noël tueurs, et la séance commence. La chose s’appelle « Jack ». C’est l’histoire de trois pauvres types qui se font massacrer par des citrouilles en rage contre Halloween. Moins fun et trash qu’un certain « Treevenge », « Jack » a le mérite au moins de durer à peine plus de cinq minutes. De quoi nous mettre en haleine avant le troisième long-métrage en compétition : « Primal ». Hommage badin à « Evil Dead », aux acteurs aussi doués que des cochons aux pacages ; on attend du cul, on n’en aura point ! Le film est gore, mais pas assez, il est surtout mauvais au point d’être digéré comme une stupide comédie d’adolescents en manque de sensations fortes (j‘exagère un poil). On croirait voir l’intro de « Blow Out » de Brian de Palma, avec toutes ces bimbos à gros seins, à poils, baisant comme des chiennes, les tétons fébriles, dardant Andromède, et au fond tout au fond, la chaleur de l’étoile de Bernard en phase supernova, prête à exploser in extremis. La comparaison avec le film de Brian de Palma s’arrête là. Je commence d’ailleurs à regretter d‘avoir commencer. Chatiez-moi ! Bien entendu, dans « Primal », vous n’aurez pas tout cela. Seulement le massacre de quelques cons écervelés venus mater les peintures rupestres d’une grotte sans doute seule rescapée d’une cité ancestrale. J’aurais voulu voir la petite brune, cadette de Rambo, nous montrer ses atouts. Je pense, comme beaucoup, qu’un simple short n’aurait pas arrêté la queue énorme, tunnel suintant de sperme venu de l’espace ou des entrailles de la Terre, d’un vers de pacotille ! Vient ensuite un classique de la Nuit Interdite : les fameux ébats entre Barbie et Mickael Jackson que des centaines et des centaines de festivaliers ont vu chaque année. C’est toujours un plaisir de retrouver cette bonne giclée. « Brutal Relax » créé la surprise, à l’instar de « Treevenge » (on n’en parlera jamais assez) il y a deux ans. Sommet du gore espagnol. Le court, en quinze minutes tapantes, relate les vacances d’un Charles Bronson au bord de la mer. Au début on subit, impuissants face à une telle débilité, une profusion de beaufs, une galerie de nanas topless à grosses lunettes de soleil, des enfants sages et fébriles… scène normale de plage en plein été, avec en prime un joli sirop cubain dans les esgourdes. Sitôt accoutumés, on est balancés, éclaboussés de gore qui tache. Des monstres marins surgissent de l’eau et vont massacrer un à un les pauvres vacanciers. Si l’action ne faiblit à aucun moment, le gore, quant à lui, use et abuse de trouvailles toutes plus sanglantes les unes que les autres. Une fois le rouge « passé au crible », place au vert ! Je m’explique. Charles Bronson (je l’appellerais Charles Bronson) pète son câble après que son baladeur a rendu l’âme. Comme il est le seul survivant du massacre, il s’en va foutre la raclée du siècle à ces trous-du-cul de monstres aux boyaux verts. Une merveille de mauvais goût que Yannick Dahan n’aurait pas reniée.
    « Helldriver » est le second film en compétition de la Nuit Interdite, et respectivement le quatrième du festival. À l’instar de « Mangue Negro » l’an dernier, « Helldriver », commis par les auteurs de « Machine Girl », est la purge de la soirée. Une purge sans nom. Un dégueuli crasseux, vide comme la tête d‘un footballeur, sans aucune idée, gore à outrance, aussi réfléchi que le néant. « Helldriver » est un problème de géométrie euclidienne. Un cauchemar à quatre dimensions. Le pitch tient sur un morceau de papier-cul : une météorite s’écrase sur la mère supérieure des criminels en série et infecte tout le Japon, transformant alors la population en zombis. Et ces zombis sont facilement reconnaissables puisqu’ils sont munis de bois de cerfs. Ce n’est pas tout à fait la viande noire du « Festin Nu » de William Burroughs, mais cela s’en approche. Hystérique à gerber, le film, qu’on a du mal à classer dans la Catégorie 3, fait chou blanc. L’assemblée rit à gorge déployée durant le premier quart d’heure, mais lorsque le générique se pointe au bout de quarante minutes (pardon, mais le temps m’a paru tellement long), tout le monde reprend son souffle. Plus qu’une heure, nom de dieu ! S’ensuivent, jusqu’à trois heures du matin, des courts inégaux. Du gore pour du gore. À la fin de la soirée, les yeux n’en peuvent plus, la fatigue accuse la faiblesse mentale et physique. Le sang ruisselle encore dans le caniveau et les fûts de bière sont vides.
    Nuit agitée.

Red White And Blue (2010) Simon Rumley

 

    Si j’ai pu prendre ma semaine, je n’ai en revanche, pas pu réserver ma journée de samedi. Pas de « The Neighbour Zombies », dont le jury et le public ont décerné chacun un prix, pas de rencontre cosmico-évènementielle et ahurissante de mots et de lyrisme avec Jean-Baptiste Thoret. J’arrive tout frais, pimpant, et aussi trempé d’eau de pluie, pour « Red, White And Blue », le choc incontestable mais contesté du festival.

 

RED, WHITE AND BLUE

 

 

 


    « Red, White And Blue » raconte l’histoire de trois personnages. Erica est une nymphomane, son voisin Nate est un travailleur discret et mélancolique, traumatisé par la guerre en Irak, Franki est le chanteur d’un groupe de hard rock local en vogue. La mère de Franki a un cancer en phase de rémission. Erica a contracté le virus du Sida et se venge des hommes en couchant avec le premier venu. Elle viendra à partouzer, dès la première scène, avec Franki et son groupe. Nate protégera Erica par tous les moyens. Les destins chaotiques de ces trois écorchés vont se croiser… jusqu’à l’anéantissement.
    Si certains films, voire plusieurs, projetés à Mauvais Genre sont drôles, soit parce que le gore finit par tourner en ridicule, soit parce que tous les films ne sont pas exempts d’humour, « Red, White And Blue » est en revanche un véritable coup de poing. Un choc ultime. Il est impossible de rigoler, ni même pouffer devant de telles situations. L’atmosphère est lourde, oppressante ; la violence, d’abord psychologique, est omniprésente. Simon Rumley, anglais d’origine, réussit le pari de réaliser un film en Amérique, sur l’Amérique, au plus profond du Texas. Son défi étant de trainer les américains dans la boue, les mettre face à leur crasse, leur merde. Les exterminer, en somme. Curieux dessein qui à terme se révélera être de la provocation pure. Le film joue avec nos nerfs, cherche notre regard fuyant, nous manipule. Tout est savamment mis en œuvre de façon à nous coucher. En dépit de ses défauts perméables, le film bascule dans un réalisme fou. « Red, White And Blue » est un portrait de l’aliénation. Plus aucun des personnages mis en scène ne répond à son libre-arbitre. Erica couche sans protection, se tuant à petit feu, Nate plonge progressivement dans la démence, ne pouvant freiner sa chute, Franki franchira les limites de l’impensable.
    Le film a des défauts. Dès le commencement, l’on est baladés dans une introduction sans dialogue, musicale et pénible. Une succession de plans d‘une lenteur saumâtre, d’ellipse confuses, d’images d’une brutalité rare. Aussi, ces lenteurs excessives rendent vulnérables la cohésion de l’intrigue : le parcours sanglant de Nate, à partir de la carte bleue d’un des amis de Franki, retrouvée abandonnée à l’extérieur du bar que tous fréquentent, jusqu‘aux exécutions intolérables. Facteur décisif puisque déclencheur de la sauvagerie inouïe qui va suivre. En outre, dès le début, on sait que le film va basculer du drame intimiste à l’horreur la plus pure.
    Amanda Fuller et Noah Taylor sont stupéfiants. Ils portent le film sur leurs épaules, éclipsant le jeune Franki, trop frêle et pas assez convaincant. La fin, d’ailleurs, m’a laissé perplexe. On a du mal à croire comment un type aussi peu charismatique et sans aucune pensée ni criminelle ni perverse, en vient à sommer ces amis frères de sang à commettre un acte excessif. Simon Rumley se défend très bien, mais l’assemblée a mis le doigt sur une faiblesse évidente du scénario. Je réexplique succinctement les faits. Après le suicide de sa mère, Franki perd les pédales. Il poignarde sauvagement Erica ; laquelle succombe à ses blessures. Après quoi, le jeune homme soumet ses amis à prendre un morceau du cadavre et à le garder bien précieusement. Incohérence totale ! Et pourquoi ne pas enterrer la fille tout simplement ? Des questions qui resteront en suspens.
    Dino Buzzati, mon écrivain préféré, s’interrogeait sur la place de l’homme dans la société, et l’homme, selon Kant, se distingue en quatre races. Il isole bien les noirs des blancs, les huns des indiens. Il est donc logique, dans une société antédiluvienne ou actuelle, que la guerre partage les peuples, tue des gens. Mais les divergences entre mêmes races (ici les blancs) accusent parfois une violence irrépressible. Il n’y a dès lors plus de barrière. On parle d’un Moyen-Orient et d’un Extrême-Orient, de pensées et cultures distinctes (la sagesse orientale, le rationalisme). Toute pensée, d’après Nietzsche, découle de la pensée hellénistique. Triste constat : en Chine, on compte encore des camps de concentration et des chambres à gaz. Dans son essai « Humanisme et Terreur », le phénoménologue Maurice Merleau-Ponty condamnait les violences du communisme. Est-ce que l’Amérique serait l’extrême-occident, la philosophie occidentale, tant la pensée est antinomique ? C’est pourquoi un anglais réalise sèchement ce film dans le sud abrasif des Etats-Unis. Cela pourrait être chaud, non, le film est froid, viscéral et violent comme un film nordique, scandinave, danois. La scène finale est insoutenable, d’une brutalité sans nom, comme on en a rarement vue au cinéma. Le final de « Pusher 3 » nous ferait presque marrer à s'en tenir les côtes ! Je me sentis presque obligé de détourner le regard. J’ai tenu bon mais j’en suis profondément marqué.
    Même si la violence est gratuite, elle n’est en rien banalisée. Inadmissible pour certains, même pour les cœurs les plus accrochés, la violence ne pénalise pas le film pour autant. Simon Rumley trouve le moyen de nous dire que cette violence est présente tous les jours, mais par le biais d’une minorité faillible. Cependant, l’on est en droit de se poser la question si c’est un film courageux ou lâche ? L’audience n’est pas levée.

 

Derrière La Porte Verte (1972)
    Place à la séance rose. Bizarrement, « Derrière la porte verte » n’a pas bousculé les foules. Le Petit Faucheux aux trois quart vides, les réactions sont clairsemées. « Derrière la porte verte » est visiblement moins bon que « Gorge Profonde », accusant un budget affligeant. Moins de dialogues, la musique n’est pas extraordinaire. Tout le monde est très las ce soir, après le choc « Red, White And Blue ». Malgré tout, « Derrière la porte verte » s’en sort avec les honneurs, répondant à son statut de classique du porno. Il s’agit du tout premier film pornographique qui jouira par la suite d’une belle carrière. En deux parties, le film nous introduit à un véritable opéra du sexe. La scène dure deux plombes, Marilyn Chambers, elle-aussi introduite, prend le taureau par la corne et nous gratifie d’une de ses fameuses fellations ! Au terme de quarante minutes de baises intenses, au cours desquelles les allusions à l’esclavage sont légions (il s’agit du premier film porno aux échanges interraciaux, le nègre est l‘étalon, le semeur), la « sainte jouissance » est filmée tel un ballet psychédélique, simulacre d’acid-test gluant de sperme baveux et éjaculations faciales.

Par Julien Crosby le Shaman - Publié dans : Mauvais Genre 2011 - Communauté : Freak Out ! Family
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