Partager l'article ! MAUVAIS GENRE 2011 (part. 2): La journée de dimanche sera brève. À 13h30 et des brouettes, «& ...
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La journée de dimanche sera brève. À 13h30 et des brouettes, « Zebraman 2 » force la sympathie, mais pour les connaisseurs et les fous acharnés de la filmographie de
Takashi Miike, il s’agit d’un film mineur, ouvertement grand-public, presque sans violence, avec une actrice bandante à souhait choisie exprès pour un public adolescent qui se la touche sévère.
Essayons de restructurer le tout en commençant par l’histoire : Zebraman, le sauveur du Japon, perd ses pouvoirs et se retrouve propulsé quinze ans dans le futur dans une espèce de Tokyo de
Megadrive. Là, il devra affronter son alter-égo toute de noire vêtue : la méchante Zebra Queen. Tout est affaire de rayures. Zebraman est devenu blanc mais demeure le sauveur du Japon. Il devra
donc chasser à nouveau les extraterrestres (mais que va penser Steve Johnson de la fin ? Hein ? Dites !) et se lier avec son ennemie jurée. Ça amuse les gosses, la musique fleure bon le punk-emo
de nos jours et Takashi Miike, plus vivant que mort, relève haut la main son audition. En somme, un bon divertissement, une petite déjection canine, un pet foireux, pas trop mauvais genre.
Laissant Thierry Frémont à son public, je me dirige vers le stand exigu de la librairie Imaginaute où Thomas Day se prépare à une épique séance de dédicaces. En marge du jury,
hors séances, l’écrivain de science-fiction et éditeur ne fut pas facile à aborder. Aussi, je savais qu’une fois assis derrière son stand, il serait à ma portée. Mais jusqu’à présent je n’avais
lu aucun roman de Thomas Day, je devais donc jouer l’honnêteté avec lui. D’emblée, je lui demandai, de façon à être introduit à son œuvre, une pure histoire de science-fiction à l’ancienne avec
des extraterrestres et des astronefs ancien modèle. Il me rétorqua qu’il n’y a point d’astronefs dans ses romans. En revanche, des extraterrestres, il y en a dans « L’Instinct de
l’Equarisseur », steampunk ultra-documenté dans le style des romans de Philip Jose Farmer et Kurt Vonnegut, dans lequel on retrouve Sherlock Holmes, Arthur Conan Doyle et Jack
London. Un classique de la science-fiction d’aujourd’hui, à nicher aux côtés des œuvres réhabilitées de Poul Anderson, Robert Silverberg, José Moselli, Isaac Asimov, Frederick Pohl. Thomas Day
est un type très sympathique, discret, à la modestie exemplaire, un passionné du cinéma ; je lui parle de mes écrits, des difficultés d’édition… il me dirige vers des adresses ; des revues tout
d’abord, puis des éditeurs qui l’ont publié autrefois. Je consigne tout sur mon calepin, achète deux livres : le susnommé classique ainsi que « L’automate de Nuremberg » ; concis et
fort bien écrit. Je repars avec plein d’idées en tête.
Les pluies avaient retardé l’avancement du festival. Le concert de Dexy Corp, initialement prévu à l’heure dans le square Sourdillon, contigu au Petit Faucheux, fut retardé, ce
qui empiéta sur la grande soirée de science-fiction.
J’arrivai, après quelques heures de répit. Les plus hauts bâtiments de Tours semblaient toucher les nues, se perdre dans la brume désormais basse. La nuit, qui ce soir ne
serait pas étoilée, mais clairement opaque, n’allait pas tarder à poindre, et le festival avait perdu un temps précieux. « Flesh Gordon » fut retiré de l’affiche ; la salle exigeant un
horaire plus confortable pour fermer ses portes. Tout sembla se retourner contre l’organisation, mais Gary Constant, en vrai maître de cérémonie, professionnel jusqu’au bout de ses ongles
d’acier, retourna bon an mal an, la situation à son avantage. Il n’y aurait certes, pas le grand classique « Flesh Gordon », mais le concert serait bel et bien maintenu, pour 20h30, à
mon grand dam !
La grande soirée de science-fiction débute sur les chapeaux de roues avec « Invasion Planète X » de Ishirô Honda avec le beau Nick Adams (« La Fureur de
Vivre », « Un Homme doit mourir ») et Akira Takarada. Je suis dans mon élément ; de la vieille SF made in Toho avec des monstres en plastique, cela n’a pas de prix.
Godzilla et Rodan sont là pour notre plus grand plaisir, secondés par un cortège d’extraterrestres venus tout droit du satellite X de Jupiter. Ils ont décidé de soudoyer les terriens pour nous
voler notre planète ! Dans « Mothra contre Godzilla », nous avions affaire à des fées au faciès oriental. Dans celui-ci, les extraterrestres sont des humanoïdes physiquement analogues.
Dans les épisodes de Mothra, les origines tendent plus vers la préhistoire, façon Edgar Rice Burroughs. Le scénario est ultra-élaboré ; c‘est un Japon pétrifié par la peur du nucléaire qui est
dépeint, constamment présente dans les mœurs de l’après-guerre (« Vivre dans la peur » de Akira Kurosawa). Ce qui compte, quand on est un fan incorrigible de science-fiction comme moi,
ce sont les soucoupes volantes. Celles-ci sont en plastique blanc, émettent des lasers douteux ainsi que des éclairs offensifs, font un bruit de cocotte-minute. Mais au-delà de ce côté kitsch et
parfois carrément cheap, le visuel pop, l’interprétation en roue libre (en Vf, merci) ainsi que les nombreuses rixes rigolotes de grosses bébêtes sortis des univers de Lovecraft, « Invasion
Planète X » n’est pas le nanar fauché « pop-corn » qu‘on veut bien nous faire avaler. Outre ses qualités esthétiques indéniables et sa critique sous-jacente, il s’agit d’un très
grand film de science-fiction, à une époque lointaine où le genre était en pleine stagnation, voire en chute libre, lancé dans ses derniers retranchements, et avant la révolution
« 2001 », il n’y avait guère que les japonais pour nous gratifier d’un tel spectacle ! De mémoire, il n’y avait qu’eux. La littérature même ne se laissait plus berner par les astronefs
et autres ovnis archaïques, désuets, appartenant aux Brian Aldiss, Alfred E. Van Vogt, Jean de la Hire. Le space-opéra n’existait pour ainsi dire plus. Il faudra attendre 1970 pour que le film
sorte sur les écrans américains. Nick Adams se sera suicidé entre temps. Chez nous en France, depuis 1967, le film se faisait rare. Le voici exhumé et redécouvert.
« Kaydara » est le moyen-métrage projeté, malheureusement le dernier de la fameuse soirée, ce qui laissera un coup amer. Je n’aime pas « Matrix », je n’ai
jamais aimé. À l’époque, je faisais partie des défenseurs contre vents et marées du film « eXistenZ » de David Cronenberg, sorti en France à la même période. Film qui racontait grosso
modo la même chose. Face à un adversaire tel que le film des frères Wachowski, le petit film canadien de Cronenberg ne fit pas le poids, nonobstant ses irréfutables qualités et sa brillante
interprétation. « Kaydara » m’a gonflé (nous étions en présence des réalisateurs Raphael Hernandez et Savitri Joly-Gonfard). De prime abord, musicalement ; j’ai toujours gerbé sur les
guitares dégoulinantes des guitar-héros trop bavards ! L’univers ne me touche pas, tout semble vieux et croûté, le cyber-machin-truc m’emmerde au plus profond et l’hystérie frénétique quasi
insoutenable dudit truc, embourbé dans les mimiques grossières et obsolètes du modèle originel, finissent à la fin par nous filer un putain de mal au crâne. J’en perds mes mots. Un triste
épilogue. Je suis parti avant la fin, épuisé.
Enfin un lundi de Pacques qui ressemble à quelque chose et qui nous évite le repas traditionnel en famille avec la chasse aux œufs. La chasse aux extraterrestres semble, pour
les ninjas, plus prolifique. Mais à 11 heures, je n’étais pas dans la salle, peut-être pas matinal, levé tôt le matin, un tant soit peu affolé. Bref, pas de « Alien vs Ninja » ; de
toute façon, le film n’est pas en compétition.
C’est sous un joli soleil, culminant encore à son zénith, que j’arrive vers midi, frais comme un gardon, pour ma compétition préférée. Les courts de la saison passée m’avaient
laissé de marbre. Pour ainsi dire, et beaucoup seront de mon avis, il n’y avait pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Cette année, il se passe quelque chose. Alors oui, l’alternance des
courts de fiction et d’animation, c’est chiant : un truc beau mais vide d’intérêt en images de synthèses (« N° 1009 »), un gag à demi-moralisateur soi-disant critique d’une certaine
bourgeoisie (« Les Conviviaux ») ; cela commence mal. « Faut qu’on parle » du même réalisateur, Lewis Eizykman, présenté l’an dernier en compétition, était bien plus grinçant
et créatif. Puis arrive le chef-d’œuvre. La perle rare que l’on n’attend pas. « Danny Boy » n’est que le troisième court mais il est déjà mon préféré. Pensez, dans un univers à la Tim
Burton qu’on jurerait échappé d’une toile de Magritte, un jeune garçon ébouriffé cohabite, ou plutôt évolue dans une ville de décapités. Le pitch est très simple. Un jour, il bouscule une de ces
décapités, en tombe amoureux, mais leur amour est impossible parce que le jeune garçon plein de désespoir dans les prunelles a la tête sur les épaules. Il décide de se la couper. Là où l’on
pourrait croire à la fatalité, que nenni, il se relève de son échafaud et s’empresse d’aller rejoindre sa dulcinée. « Danny Boy » est sans doute le film qui m’a procuré le plus
d’émotion (la musique y fait beaucoup). Poétique, le rire semble se cacher avec audace derrière une tristesse absolue. Et inversement. Le dernier plan, d’ailleurs, risque encore soit de faire
rire, soit de faire hurler. Une belle image qui prouve que certaines plaies ne sont pas encore pansées. Le court suivant, étrange, est oubliable. D’ailleurs, personne n’a compris. Parmi les
réussites, « Strange Invention » est une plongée cauchemardesque dans les abîmes des grandes inventions. « Hatch », qui est ex-æquo dans mon vote avec « Danny
Boy », est une fable moderne sur la naissance. Très drôle et sans dialogue, jamais pompeux ni pompant, tout réside dans le regard du barbu buveur de Guinness. Comme il vient, quelques jours
auparavant, de chier un œuf dans son bain, les gags s’enchainent jusqu’à une chute des plus drôles et inattendues. « The Old Ways » est clairement un pamphlet contre la peine de mort. À
mille lieues du grand film de Jean-Pierre Mocky, « Le Témoin », la farce féroce côtoie l’absurdité. Le tout tourné en noir et blanc et fort bien interprété. « The Cats of Mars Meet
the Toy Car » renoue avec une certaine tradition "pulp" des années 50, rythmée par une narration désopilante et mis en musique avec le plus grand soin. Un petit chef-d’œuvre en son genre. Le
film de Benoit Delépine, déjà piètre comique, ressemble à un gros fuck très mal placé. On se demande ce que Barbet Schroeder fait là. Traumatisme post-Mesrine ?
Dans l’ensemble, les courts furent bien choisis. « Danny Boy » a remporté le prix. Le Petit Faucheux était comme à son habitude plein à craquer. On toucherait presque
au sublime. Malgré quelques petits faux pas ou ratages évitables (« Mutantland », par exemple, est d’une imagerie à couper le souffle mais trop court), cette compétition supplante et de
loin son aînée. Alors à une période de transition, Mauvais Genre gagne en puissance, en souplesse. La barre est haute pour l’année prochaine.
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