Freak Out ! Family

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  • : La Freak Out ! Family est une communauté qui transcende les genres et les styles. On y parle aussi bien de cinéma de mauvais genre, de littérature de l'étrange que de musiques oubliées. Envoyez-nous vos manuscrits si vous êtes un jeune auteur en herbe, nous vous les publierons a priori. Manuscrits : freakout.leshaman@gmail.com
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Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 18:21

Deadhead.png

 

     En 1969, Grateful Dead expérimente sa longue suite « Dark Star ». Du 26 janvier au 2 mars, le groupe se produit à San Francisco. Le matériel utilisé fera l’objet du double album Live/ Dead qui sortira à la fin de l’année 1969. Ce disque d’exception deviendra le symbole de la génération hippie. Certain soir, « Dark Star » excède parfois l’heure. Tout est intelligemment mis en œuvre. Le groupe exécute ce tour de force à la manière des hard-boppers. Quand parait l’album Aoxomoxoa (sous les traits d’une des plus belles pochettes de toute l’histoire de la musique), en juin 1969, le groupe s’est forgé une nouvelle notoriété, celle d’un groupe de scène. Les concerts du Dead sont semblables à de longues messes en apesanteur. Comparé à un autre groupe de la baie, le Dead se rapproche du jazz, évoque John Coltrane et Wayne Shorter. Aoxomoxoa est la parfaite synthèse du premier album du Dead et Anthem Of The Sun. Libéré de ses parties de guitares interminables, l’ensemble jouit d’une homogénéité achevée. Le Dead expérimente aussi les nouvelles technologies et plus particulièrement le 16 pistes Ampex. Fini le concept du sans interruptions et des prises live couplées aux chutes de studios, Aoxomoxoa mérite son statut de chef d’œuvre, à juste titre qui plus est. Le groupe n’a jamais été aussi à l’aise dans un studio. Tous s’amusent comme des moutards avec leurs nouveaux jouets. Ainsi, « St Stephen », « Rosemary » ou encore « Doin’ That Rag » sont le fruit de la nouveauté chez le Dead. L’album marque aussi un tournant pour le groupe. C’est le premier album enregistré dans la région de San Francisco, à l’exception de quelques sessions hypnotiques au High Recording Studio de San Francisco. Robert Hunter signe aussi ses premières chansons et la collaboration Hunter/ Garcia donnera quelques très beaux joyaux par la suite. C’est aussi la première apparition du pianiste Tom Constanten, qui rejoint les rangs du Dead. Tout semble bouger à une vitesse ahurissante. Les gigs reprennent avec dans le barda une nouvelle version guerrière de « Dark Star ». À la fin de l’année 1969, quand parait Live/ Dead, la chanson est un classique. La version studio, éditée en 45 tours en 1968, sonne presque comme une démo, archaïque, sans âme. Cependant, « Dark Star » est aujourd’hui considérée comme l’œuvre maitresse du Grateful Dead, la pièce ancestrale du psychédélisme, marquant le déclin de l’empire hippie. Jerry Garcia et sa bande accentuent la puissance du morceau, étirent chaque solo de guitares et de percussions. Durant plus de trente minutes, les hippies défoncés ne comprennent plus rien. L’alchimie entre le groupe et ses disciples prend. Le Dead triomphe et peut envoyer son set rhythm’n’blues plus classique. Cependant des nuages opaques obscurcissent le ciel bleu infini. Aoxomoxoa a couté 180 000 $ à la Warner et les sessions d’enregistrement ont duré plus longtemps que prévu. De plus, Jerry Garcia reconnait l’inefficacité du groupe avec les nouvelles technologies. Ce dernier affirme quelques années plus tard que trop de choses ont été faites pour cet album. Désormais, plus jamais le Dead ne dépensera autant d’argent pour l’enregistrement d’un album. La même année, le groupe participe à l’émission « Playboy After Dark » de Hugh Hefner et renforce sa popularité auprès du grand public. Jerry Garcia est dorénavant seul maitre à bord. Le Live/ Dead sort le 10 novembre 1969. Il sera l’ultime document d’une décennie faste et florissante. Le disque marque également la fin de l’ère hippie. Le 6 décembre 1969, à Altamont, le concert des Rolling Stones tourne au drame. Grateful Dead et Jefferson Airplane sont eux aussi programmés. En plein concert, Meredith Hunter, jeune afro-américain de 18 ans, sort une arme et est poignardé par le service d’ordre Alan Passaro. 120 victimes seront déclarées au total. Trois adolescents sont retrouvés écrasés dans leur tante. D’autres jeunes sous l’emprise du LSD se noieront dans un canal d’irrigation. Les affrontements sont d’une rare violence et les groupes préfèrent prendre la tangente. Les Rolling Stones reviendront traumatisés, abasourdis et écroulés devant un tel spectacle. Altamont enterre définitivement le rêve hippie et les idéaux.

 

Aoxomoxoa 1969

 

     À l’âge de quatre ans, Jerry Garcia et son frère ainé Tiff vont couper du bois pour se chauffer. Dans un moment d’inattention, Tiff abat la hache sur la main de son frère et lui coupe les deux phalanges supérieures du majeur. Cet handicap favorisera son jeu à la guitare, le rendant singulier et reconnaissable entre tous. Il utilisera aussi son style propre pour construire ses solos, les fonder, comme des édifices flamboyants. À partir de 1966, à la fin des Warlocks, le Grateful Dead s’appuiera sur l’extrême dextérité de son leader à la guitare. Encore à l’état embryonnaire, le son du groupe évolue au rythme des concerts. Il passe du rhythm’n’blues à un rock plus solide et droit. À la naissance du psychédélisme à San Francisco, Grateful Dead fait figure d’exception au coeur de la baie. Le courant naît plus au sud, au Texas, avec les 13th Floor Elevators, le groupe garage de Rocky Erikson. Leur album de 1966 ne dépasse pas les frontières de l’état. En outre, le terme « psychédélique » commence à titiller les oreilles des groupes de la côte ouest. Le vent tourne. Les Acid Tests de San Francisco sont surveillés de près par les autorités. Un groupe se démarque, Big Brother & The Holding Company. Leurs concerts sont hypnotiques et leur chanteuse, au physique ingrat, originaire elle aussi du Texas et grande chanteuse de blues, se prénomme Janis Joplin. Janis connait bien Houston, les bars, elle les a écumés de part et d’autre mais elle y a aussi chanté. Sa voix puissante et suave subjugue les hippies de la baie. Janis devient le nouvel icône hippie. Un autre groupe fait parler de lui. Originaire de Berkeley, de l’autre côté de la baie, à vingt kilomètres de San Francisco, Country Joe & The Fish popularise les Acid Tests autour du Haight-Ashbury. Le groupe est plus militant. Country Joe McDonald est un hippie qui se dresse contre l’engagement au Viêt-Nam. Ses textes sont fascinants et allégoriques, la musique est acide, l'orgue symbolise la complainte, les douleurs, les pleurs, les idéaux. Barry Melton dit « The Fish » est un guitariste très doué. Les gigs donnés à l’Avalon Ballroom de San Francisco font bientôt la renommée de ces avant-gardistes modernes. Le Grateful Dead capte toute la puissance qu’il dégage durant ces happenings géants et entre en studio. Nous sommes alors en 1967. Electric Music For The Mind And Body de Country Joe & The Fish s’exporte hors de la baie et brille d’un succès décent auprès des hippies. Ce sera le premier classique du San Francisco Sound.

 

Grateful-Dead-in-1967.jpg

 

     Au début des années 70, le son du Grateful Dead a radicalement changé. Amorcé avec Aoxomoxoa, le son du groupe s'oriente vers des contrées moins mystiques, plus traditionnelles. En concert, les classiques « Morning Dew », « Good Morning Little Schoolgirl » et « Hard To Handle » sont toujours joués et sont de tout temps un succès. Le Dead entre en studio et enregistre le diptyque Workingman’s Dead et American Beauty. C’est cette année que Jerry Garcia collabore avec la scène de Los Angeles. Il fréquente David Crosby et joue de la pedal-steel et de la guitare sur son album If I Could Only Remember My Name. Sur l’album Déjà-Vu de Crosby, Stills, Nash & Young, il joue de la pedal-steel avec John B. Sebastian de Lovin’ Spoonful qui lui, tâte de l’harmonica. Cette influence folk aura un impact considérable sur l’orientation musicale du Dead. Workingman’s Dead est le quatrième album studio du groupe. « Uncle John’s Band » bénéficiera d’un passage sur les ondes. Leur premier vrai succès légitime. « Casey Jones » est un hymne à la drogue et s’impose comme tel. « Dire Wolf » est écrit en l’honneur du Zodiac, le tueur de San Francisco. « New Speedway Boogie » sera le futur classique de scène et « Easy Wind » est chanté tambours battants par Pig Pen. Musicalement, l’orientation country et folk ne divise pas les fans ; les deadheads comme on les nomme. Loin de là, l’album se vend bien. American Beauty, qui est issu des mêmes sessions est le deuxième album à sortir en 1970. Plus acoustique et plus country que le précédent, le disque est considéré comme le meilleur enregistrement du Dead à cette époque. Jerry Garcia et sa bande s’éloigne de plus en plus du rock psychédélique. David Grisman joue de la mandoline sur « Friend Of The Devil » et « Ripple », deux des plus belles chansons du Dead. « Friend Of The Devil » est une chanson emblématique. Bob Dylan l’a notamment reprise lors de ses concerts. L’histoire nous est contée à la première personne. Elle raconte la brève cavale d’un meurtrier qui fuit Reno dans le Nevada et dort dans le désert de l’Utah. Il rencontre un ami du diable en chemin, comme une figure mystique, qui lui dérobe ses vingt billets. Il ne rêve que de pouvoir dormir et profiter de son sommeil loin de la dure réalité, mais il est poursuivi et le bagne l'attend s'il se fait prendre. L'histoire est symbolique et utopique. Je, le meurtrier, que Jerry Garcia confronte à la nature et à la contrition réussira sans doute à passer entre les mailles du filet, mais tout s'arrête avec le refrain entêtant et jovial. Par la suite, la chanson deviendra un nouveau classique de scène. Kenny Loggins la reprendra et fera un succès. Aujourd’hui, on compte plus de 2 millions d’albums vendus depuis sa sortie en novembre 1970. Il est certifié disque multi-platines. Un groupe, de ce qu’on appellera la « Dead Family », apparait sur American Beauty. New Riders Of The Purple Sage est une formation qui joue souvent avec les hippies de San Francisco. Jerry Garcia et sa pedal-steel, Phil Lesch et Mickey Hart participent aux enregistrements. Leur premier album sort en 1971 et accentue le son country du Dead. New Riders Of The Purple Sage rencontre un succès d'estime. Powerglide, sorti en 1972, se classe 33ème au Billboard des meilleures ventes d’albums en Amérique. Pig Pen commence à souffrir de graves problèmes médicaux.

 

Workingman's Dead

 

     Jerry Garcia profite de son rôle de sideman pour enrichir son répertoire. Il fréquente Joan Baez, Paul Kanter et Grace Slick, jeunes mariés et parents, membres de Jefferson Starship. Sur Blows Against The Empire, Jerry et sa pedal-steel sont inséparables. L’album est assez spirituel, flirtant parfois avec la science-fiction. David Crosby joue de la guitare et vient prêter sa voix. Les scènes de San Francisco et de Los Angeles semblent faire partie de la même famille. Les hippies sont définitivement morts et enterrés. Grace Slick crache même dans la soupe et casse du sucre sur le dos de ses contemporains. Elle s’en prend à Woodstock et à Altamont, qualifiant les deux évènements de rassemblements de ploucs. Sauf que le drame de Altamont reste gravé dans la mémoire de chacun. Mère d’une petite fille, Grace Slick n’a pas pour autant levé la main sur l’alcool. Elle a failli se tuer plusieurs fois en voiture. Mais sa vie de couple fonctionne bien. Jefferson Starship se distingue de son aïeul Jefferson Airplane. En revanche, tout est beaucoup plus démesuré et musicalement, Paul Kanter est le seul à mener la danse. Jack Cassady et Jorma Kaukonen, l’autre aile de l’Airplane, ont formé le groupe de blues Hot Tuna et reprenne « Death Don’t Have No Mercy », que le Grateful Dead avait réadapté de façon terrifiante en 1969. Le 3 juillet 1971, Jim Morrison meurt à l’hôtel George V à Paris. En 1972, la tournée européenne du Grateful Dead est un succès. Le passage à l’Olympia du 3 mai est récompensé par une critique dithyrambique de la presse spécialisée (Rock & Folk). « Dark Star » avoisine les quarante-cinq minutes et « Sugar Magnolia » en acoustique est d’une beauté sans nom. Une beauté américaine. Un triple album sort le 5 novembre 1972. Le contrat avec Warner Bros prend fin et l’album Wake Of The Flood est la première galette à sortir sous le label Grateful Dead Records en 1973. Le groupe commence néanmoins à se répéter. Le 8 mars 1973, Pig Pen est retrouvé mort à son domicile de Corte Madera en Californie. Jerry Garcia forme Old And In The Way, toujours en 1973 et Legion Of Mary, groupe éphémère qui existera entre 1974 et 1975. Blues For Allah sort en 1975 mais tout semble surfait, terriblement conventionnel et vulgaire.

 

garcia-cover-72.jpg

     Jerry Garcia forme le Jerry Garcia Band en 1975. Le groupe tourne toujours. À jamais le Dead restera dans l’histoire comme un vrai groupe de scène, emblème et personnage éminent du San Francisco Sound de la fin des années 60. Le groupe ne cesse de tourner dans les années 70 et 80. Les concerts se vendent à guichets fermés. Au début des années 90, le Dead, véritable légende vivante, après une collaboration réussie avec Bob Dylan, revisite son répertoire. Les sets sont toujours autant adulés et y brille une certaine émotion qui annonce le drame du 9 août 1995.

Par Julien Le Shaman - Publié dans : Grateful Dead Commemorative - Communauté : Freak Out ! Family
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 16:48

     Mars 1967 c’est la sortie du premier album du Grateful Dead. La baie de San Francisco, en majorité des hippies défoncés aux acides, connaît bien la formation du jeune Jerry Garcia. Ça fait déjà plus de deux ans que le groupe tourne sous ce nom et leurs gigs à l’Avalon ont marqué les esprits torturés de ces étudiants en quête de sensations fortes. Ce qui fout la trouille à San Francisco, c’est la révolution qui se prépare. Bien que le conflit au Viêt-Nam traumatise des générations entières, au cœur même de la ville, c’est-à-dire sur les hauteurs du quartier de Ashbury, quelque chose se mute, l’Amérique matérialiste et bien pensante (John Steinbeck prend alors un sérieux coup de vieux) se transforme en une unité lysergique méprisant les pères et les traditions. En tant que ville jeune si je puis dire, San Francisco marque l’avènement d’une nouvelle ère. Grateful Dead contribuera beaucoup à cette période de libération contre-culturelle. San Francisco est le berceau du « Summer of Love » et des « Human Be-In ».

 

Human-Be-In.jpg


     Le Human Be-In du 14 janvier 1967 est un grand happening, un rassemblement énorme dans le Golden Gate Park de San Francisco, organisé afin de réunir des personnalités de la contre-culture comme les poètes beatniks Allen Ginsberg et Gary Snyder, l’écrivain Timothy Leary et quelques groupes de la baie tels que Jefferson Airplane et Blue Cheer. Cet évènement unique marque le début du Summer of Love et devient très vite l’emblème hippie bien avant le Monterey Pop Festival du mois de juin et le festival de Woodstock en 1969. Grateful Dead est comme de bien entendu présent, se mêlant à la foule, entre les communautés hippies qui ont déserté le H.I.P. Le Human Be-In marque aussi le commencement d’une nouvelle chasse pour les autorités ; la chasse aux dealers. Le maccarthysme est plus que jamais présent mais les sorcières ne sont plus les mêmes. C’est aussi en 1967 que le terme psychédélique entre dans le langage courant. On parle dès lors de drogues psychédéliques. Les buvards LSD se consomment par cartons et les manoirs de l’époque victorienne, ironie du sort, sont le théâtre de débauches excessives qui irritent la police. Les maisons sont fouillées, des kilos de came sont saisis. Les groupes de la baie sont tous partisans de la non-violence et se dressent contre le système capitaliste du gouverneur de Californie Ronald Reagan et la guerre au Viêt-Nam. A grand coup de drogue et de violence verbale (les avant-gardistes de la baie d’Oakland-Berkeley gagnent les hauteurs de San Francisco), les straights préparent le premier grand rassemblement de l’histoire de la musique à Monterey, à environ cent miles au sud de San Francisco.

 

Grateful Dead in 1968

 

     On a tellement dit sur le Summer of Love que tout semble aujourd’hui un peu désuet. Tous ces hippies qui dansent nus dans la boue et qui prônent l’amour libre comme pure ostentation s’apparente de nos jours au cliché. Norman Mailer a dit : « la seule révolution qui ait un sens et une logique au vingtième siècle, c’est la révolution sexuelle », et c’était bien des années avant ladite révolution. Même l’auteur controversé des lettres américaines contemporaines n’aurait imaginé à l’époque un tel changement quand parait « Le Parc aux Cerfs » en 1956 et ses deux essais : « Pourquoi sommes-nous au Viêt-Nam ? » en 1967 et « Prisonniers du sexe » un peu plus tard en 1971. La musique, bien plus que la littérature a été le facteur déclencheur de cette exaltation du sexe et de l’amour libre. Au cours de l’année 1967 à San Francisco, parce que là est notre préoccupation, des dizaines de groupes se forment, de mixités ethniques différentes ; Sylvester Stewart dit Sly Stone, ancien producteur du petit label Autumn qui a fait faillite en 1966, forme sa Family Stone et devient le nouvel apôtre du funk. En effet, Sly & The Family Stone affiche un sérieux goût pour le psychédélisme de la Bay Area fusionné au funk suave du Godfather James Brown. D’autres groupes « de blancs » persistent et signent chez d’autres labels comme par exemple The Beau Brummels, poulains d’Autumn Records, hébergés chez Warner, aux côtés du Grateful Dead (anciennement The Warlocks). Jefferson Airplane engage une nouvelle chanteuse, Grace Slick de The Great Society, groupe éphémère qui vient de se séparer. Grace Slick est belle et ressemble à une déesse grecque. Son regard bleu azur envoûte Paul Kanter, leader et guitariste du groupe. Elle est engagée pour sa voix puissante et son ton véhément. Sa plastique de rêve sera une arme sans précédent et la belle jouera le rôle de la rivale de Janis Joplin, chanteuse alcoolisée de Big Brother & The Holding Company. Surrealistic Pillows de Jefferson Airplane est un raz-de-marée. Les hits « Somebody To Love » écrit par Slick à l’époque de The Great Society et « White Rabbit » sont les nouveaux hymnes hippies. À l’intérieur de la baie, on entend plus qu’eux ! Le disque s’arrache à des milliers d’exemplaires et la pochette est affichée partout sur les vitrines du Haight-Ashbury. Étonnamment, le Grateful Dead se fait plus timide. Jerry Garcia apparait quand même sur l’album de Jefferson Airplane. C’est sa première participation en tant que sideman. L’exploit sera réitéré au cours des années 70 avec la scène de Los Angeles. Pour l’heure, à la mi-1967, Grateful Dead poursuit ses représentations, mais en dehors de la baie. Le groupe migre sur la côte est pour des concerts hallucinants à New York. Il fait un passage furibond au Tompkins Square Park et s'installe au Cafe Au Go Go du 1er au 11 juin puis donne un concert gratuit au Central Park Bandshell dans l'après-midi du 8 juin. Le son de la côte est n’est, comme de bien entendu pas le même que sur la côte ouest, le berceau des hippies. New York est l’antre du jazz et la définition du rock psychédélique est à juste titre bien différente. New York est la ville du Velvet Underground, de la Factory de Warhol. Le rock s’exécute à coups de cravaches et de lanières de cuir dans le dos. Les concerts du Velvet Underground puent. Le groupe s’affiche dos au public, projos en pleine gueule. Le Dead fait parti de ces groupes de la côte ouest, selon les new-yorkais, qui manquent de couilles. Pourtant, les représentations du groupe se rapprochent davantage de ce que faisaient les hard-boppers lorsque ceux-ci se produisaient dans le Village. Grateful Dead et Albert Ayler : même combat. La musique est un langage et qu’ils viennent de la Terre Promise en Californie ou des bas-fonds de la plus grande ville des États-Unis, l’alchimie entre mots et musique demeure la seule référence contre-culturelle de cette époque florissante. Frank Zappa rencontrera aussi bien des problèmes avec la scène quasi-snob et conservatrice de New York, qui reproche au moustachu d’être un intellectuel qui joue du rock.

 

Haight Ashbury 1967

 

     Le Grateful Dead ne rencontre pas vraiment le succès avec son premier album éponyme. À son retour en Californie, le groupe donne un concert le 15 juin au Straight Theater de San Francisco dans le quartier du Haight et joue au Monterey Pop Festival le dimanche 18 juin au soir. Sa performance sur « Viola Lee Blues » est historique et il s’agira de l’unique témoignage filmé de cette prestation. Le Dead n’en demande pas plus. Jerry Garcia et sa bande rentrent en studio avec un nouveau batteur, Mickey Hart. En septembre, les enregistrements du futur Anthem Of The Sun, qui s’annonce comme la pierre angulaire du psychédélisme californien, débutent dans le conflit avec le producteur Dave Hassinger. Le groupe produira lui-même l’autre flanc de la montagne. Il faudra attendre juillet 1968 pour que l’album Anthem Of The Sun voie le jour.

 

 

 


 

 

     Le 13 juillet, John Coltrane meurt. Les gigs reprennent ; les 20 et 21 aout 1967, Le Dead joue au Fillmore de Bill Graham. L’affiche est souvent partagée avec Jefferson Airplane, Moby Grape et Quicksilver Messenger Service, le groupe de Dino Valente, condamné à dix ans de prison en 1966 pour possession de marijuana. Quicksilver Messenger Service n’est pas la seule formation de San Francisco à rencontrer des problèmes de « personnel », Moby Grape, dont le guitariste Skip Spence, ancien membre de Jefferson Airplane,  qui brule sa vie par les deux bouts, sont amenés à rendre des comptes. Nul autre groupe n’aura eu pareil destiné, malgré le succès. Skip Spence sera enfermé en hôpital psychiatrique quelques années plus tard. Lors d’un enregistrement, alors en plein trip, il menaça les autres d’une hache à incendie. La carrière de Moby Grape sera limitée à quatre albums inégaux, mêlant rock psychédélique, blues, chansons militantes à la Country Joe McDonald, folk et hymnes pathos.

 

Avalon Ballroom 1966 23 12 - 1966 24 12

 

     Le Grateful Dead expérimente sur scène la suite « The Other One », qui sera la matrice de l’album Anthem Of The Sun. Le 29 septembre, le Dead se produit une nouvelle fois au Straight Theater de San Francisco. Une autre suite fera l’objet d’un enregistrement studio minimisé, certainement la plus connue ; « Dark Star ». Les concerts du Dead sont de plus en plus élaborés, semblables à de longues cérémonies. Pas si éloignés que ça des Acid Test des débuts, les liquid light-shows sont la marque de fabrique des prestations très structurées du groupe. Jerry Garcia et Bob Weir s’affrontent à la guitare lors de duels alliant la technicité et la musicalité. Toute cette quintessence de la musique nous rapproche du jazz. Le son du Grateful Dead s’affirme et dresse un réel tableau de ce que la musique du vingtième siècle est devenue en 1967.

Par Julien Le Shaman - Publié dans : Grateful Dead Commemorative - Communauté : Freak Out ! Family
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Samedi 31 juillet 2010 6 31 /07 /Juil /2010 12:53

     Le 9 aout, cela fera 15 ans que Jerry Garcia nous a quittés, et avec lui, le son unique et singulier du Grateful Dead, groupe éminent et emblématique du "San Francisco Sound" de la fin des années 60. La Freak Out ! Family revient sur les traces de ce géant du rock. Au cours de la semaine ; articles, vidéos de concerts, rétrospectives, grandes affiches partagées de festivals historiques... Plus rien ne te sera inconnu sur le fameux "Wall of Sound" du mort reconnaissant. Dans une ambiance purement psychédélique, la Freak Out ! Family démontrera à quel point l'héritage de Jerry Garcia fut considérable sur la nouvelle scène. Ainsi, sans rien démystifier bien au contraire, et en conservant tout le mystère du groupe et de ses membres influents (la mort prématurée de Ron McKernan dit Pig Pen en 1973 suivie d'une reconnaissance symbolique), nous marquerons l'évènement toute la semaine, à partir du lundi 2 aout, avec décence et respect.

Par Julien Le Shaman - Publié dans : Grateful Dead Commemorative - Communauté : Freak Out ! Family
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